Photographie : Kayel


Photographie : Hier, Aujourd'hui, Demain





"HIER AUJOURD'HUI DEMAIN"

Voici une photographie réalisée dans le cadre d'un atelier de photographie animé par Gaël Clariana au sein de l'UFR des Arts d'Amiens. Issue d'une série, elle répond à une consigne : réaliser un petit livre de photographie traitant du sujet "Hier, Aujourd'hui, Demain"

Voici un autre cliché issu de cette série.

    



(2012/Alexandre Monbailly)
Gallerie DEVIANTART

 

INTO ETERNITY : Une pierre de Rosette cinématographique...







Sorti en 2010, ce documentaire réalisé par le danois Michael Madsen frappe par l'intelligence et la cohérence de sa mise en scène. Son sujet : la construction actuelle d'un gigantesque complexe sous-terrain en Finlande, destiné à recueillir une grande quantité de déchets radioactifs, pour les tenir éloignés des hommes pour au moins cent-mille ans. Malgré ce sujet réel, la présence de scientifiques, d'interviews et d'une idéale notion d'immersion, Michael Madsen parvient à imposer une écriture personnelle tout en structurant son documentaire comme un conte illusoire. Se mettant lui-même en scène, le réalisateur apparaît régulièrement dans ce film, une allumette à la main. Face caméra, il s'adresse à des millénaires d'éventuels spectateurs. « Vous n'auriez jamais dû venir ici » et il tente de nous expliquer pourquoi. A la rencontre de géologues ou de physiciens, il s'attache très vite à la question des moyens dont nous disposons pour faire comprendre à cent-mille ans de nouvelles générations qu'il ne faut pas approcher.

Ces scientifiques lui expliquent dès lors qu'il faut passer par le symbole, s'élever au dessus du langage qui limite les possibilités de compréhension universelle. Des croquis et autres études présentent à nos yeux de véritables propositions de scénographie. Avec d'énormes épines d'acier plantées dans le sol, hautes de plusieurs mètres et répandues sur une grande surface autour d'Onkalo il fut par exemple tenté d'imaginer un lieu qui repousserait tout curieux par la simple ambiance qu'il dégagerait. D'immenses pierre couvertes de symboles pourraient également tendre à exprimer le danger, à repousser le curieux. Mais Madsen tournant son récit sous la forme d'un conte et soulignant que nous ne devrions pas être en mesure de voir ce lieu, il prend le pari d'une future découverte de cette boîte de Pandore. Il nous rappelle bien vite que malgré la pierre de Rosette qui permit aux archéologues de lire les malédictions qui les frapperaient en cas de profanation, leur curiosité fut la plus forte et ils allèrent parfois se condamner à de mystérieuses morts en explorant les tombeaux d'Egypte.

Guerres, climat, incidents à la surface... Avec tous les changements du monde pour cent-mille ans à venir, le risque d'une intrusion reste le plus probable, le plus difficile à parer. Coulés dans d'immenses blocs de béton à des centaines de mètres sous un littoral rocailleux finlandais, ces déchets risquent d'être découverts lors de fouilles.
Into Eternity s'attache longuement à cette question, et tous les intervenants s'adressent à un spectateur auquel il faudrait expliquer le danger nucléaire avec des mots simples, des concepts métaphoriques universels. L'allumette ou l'idée d'un feu qui ne s'éteint jamais rendent crédibles ce récit effrayant, à la limite de la prophétie. Lors de sa première apparition, Madsen prononce d'abord « Once upon a time ». Il explique qu'un jour, l'Homme découvrit une flamme dont la puissance créatrice était immense, mais avec horreur, il s'aperçut que son pouvoir de création était à la mesure de son pouvoir de destruction. Que pour se protéger, il devait enterrer cette flamme dans un lieu profond et éloigné, pour qu'elle y brûle, into eternity (pour l'éternité)


 

Michael Madsen livre une œuvre à part. Lui aussi s'enregistre pour des millénaires, tout en nous informant nous autres ses contemporains de ce projet colossal. Sans doute le plus grand pari jamais pris par l'être humain, celui de vaincre le temps. Il le prend également, convaincu que le cinéma pourrait être un outil, avec sa poétique et ses capacités de narration « visuelles ». Remplissant le contrat d'un documentaire didactique et factuel sur notre histoire récente, il développe un récit prophétique à l'attention de nos lointains descendants. Imaginer comment représenter le présent à l'attention des générations futures cela ne peut se faire sans art, sans dépasser le langage. Alors pourquoi pas à l'aide d'un film ? Sa pierre de Rosette à lui présente donc une mise en image très mystique, une poétique grandement renforcée par la musique, un ralenti planant qui fait voler la caméra dans les dédales de béton... Un dossier en anglais très complet sur ce documentaire est disponible sur le site  www.ratical.org/radiation et vous permettra de visionner ce film en version française sous-titrée et de retrouver des informations sur le réalisateur, les intervenants ou encore d'en apprendre plus sur Fukushima et les questions liées aux incidents nucléaires. 

Mise à jour : Le film n'est plus disponible sur ratical.org, mais est toujours entièrement en VOSTFR sur Youtube. 

Alexandre Monbailly
(Publication dans La Fée Verte - Gazette des étudiants de l'UFR des Arts n°4)



Tous au Larzac




Des planches cloutées cachées dans des flaques d'eau, un élevage de moutons sous la Tour Eiffel, la ténacité face au plastiquage d'une maison familiale par l'armée française...Les paysans avaient ramené en camion leurs balises de tirs aux militaires, devant la porte de la base, après les avoir fait tomber. L'armée se heurtait à une résistance de plus en plus déterminée.

Ici, ces femmes qui discutaient de la lutte se tiennent la main pour bloquer la route aux véhicules de la base qui approchent. Le premier fonce dans le tas, qui s'écarte heureusement. Le second sera bloqué par ces femmes, assises sur la route. Tout n'est qu'une question de détermination dans cette histoire.

Et c'est en France, citoyens expropriés par l'Etat versus l'armée, 1970-1981. 
Page ARTE

Un bon scénario, à quoi ça sert ?

Le scénario est avant toute chose un outil et un document de travail. Il permet par exemple à une équipe de cinéma de découvrir le film et son développement narratif pour mieux aborder le tournage en prenant connaissance des enjeux de l‘œuvre, de le lire comme un roman qui dessine le ton du film et l’identité de ses protagonistes. Mais il aide également le scénariste, auteur ou cinéaste, à démarcher des producteurs qui par le biais de cette lecture pourront eux aussi prendre connaissance de la teneur du projet tout comme du talent visionnaire sur lequel parier. On peut dire qu’à la lecture d’un scénario précis, très descriptif et écrit avec soin, le lecteur pourra d’un même coup entrer facilement dans un monde fictif et évaluer le talent ou l’originalité de celui qui l‘aura imaginé.

En pratique, le scénario est un document dont la rédaction est pétrie de règles relativement invariables. Il décrit les actions, les lieux, les déplacements de personnages et leurs interactions pour permettre à la personne qui le lit de visualiser des images qui n’existent pas encore. En outre, il doit donc être particulièrement clair et précis car il véhicule des idées que seul le rédacteur du dit scénario connaît dans toute leur complexité. La comparaison du scénario de la première séquence de La Mala Educacion (La Mauvaise Education) de Pédro Almodovar avec ce qu’il a amené à l’écran permet de saisir toute la précision requise pour traduire une vision unique. Grâce à ce document, une équipe technique peut identifier par avance des besoins liés aux décors, aux costumes, tout ce qui construit l’image à laquelle le spectateur sera confronté en terme de couleurs, de sons ambiants, de nature des déplacements. Il présente la réalité imaginée par le scénariste en l’abordant comme si le lecteur en faisait l’expérience sensorielle, comme s’il vivait le scénario.

Il n’aborde pour autant pas les mouvements de caméra ou les questions techniques, d’autres documents de travail tels que le story-board ou le découpage technique sont prévus à cet effet. En ce sens, il participe de la construction d’un monde fictif en évacuant toute forme de trahison du medium. Nous avons vu que malgré tout certains scénarios se présentent comme des cas particuliers à l’instar de The Rope (La Corde) de Alfred Hitchcock. Sorti en 1949, il marque l’histoire du cinéma par sa prouesse technique, créer un film d’une heure et demie composé d’un seul plan (en réalité plusieurs longs plans raccordés de façon discrète pour donner l’illusion de continuité). Mais Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Courdoson insistent pour leur part sur le fait que la prouesse vient d’un film « dont le héros est la caméra », chose traduite dans le scénario. (1)

Si académiquement le scénario de fiction permet au lecteur de s’oublier lui-même au sein d’une réalité fictive comme il devrait être amené à le faire dans le film qui en découlera, il inclut cette fois des éléments techniques dans le scénario pour souligner que des mouvements de caméra révéleront des éléments donnant au spectateur le statut de complice aux criminels qui cachent leur forfait. Grâce à l’angle de prise de vue et à un mouvement particulier le spectateur voit dépasser d’une malle à livres un bout de corde indiquant la présence en son sein du cadavre dissimulé. Souvent grâce à un mouvement de caméra, Hitchcock montre au spectateur une chose que les personnages ne savent pas eux-mêmes ou lui permet d‘anticiper des moments importants comme l‘empoisonnement d‘Ingrid Bergman dans Notorious (Les Echaînés) grâce à un gros plan sur une tasse (2) avant que ceci ne se produise. Pour pouvoir faire comprendre à un producteur/lecteur que le film comportera une telle subtilité à l‘image, il faut donc parfois détourner les règles afin de se montrer audacieux, et donc se permettre d’inclure, en cas d’extrême besoin, des éléments techniques qu’on ne saurait déceler à la lecture d’un scénario classique.

Néanmoins ces exemples restent limités et la fonction première du scénario est, comme le dirait Pierre Léon à propos du travail du cinéaste de « donner une forme […] à organiser, à replier de telle façon l’éparpillé des éléments qu’il roule dans un lit comme un fleuve libre, et pourtant contenu dans ses rives ». (3) Par le biais du scénario, le cinéaste couche sur le papier une vision de sa propre histoire et oriente, guide le regard du spectateur en choisissant de lui révéler certains éléments narratifs ou en contraire d’en omettre d’autres. Ce que certains appellent la poétique du cinéma, un agencement constant d’éléments qui se font écho pour créer un tout unique.

Grâce à un long travail de synthèse et de mise en forme, il peut donc coucher des idées sur le papier et développer grâce à cet exercice un ou des sujets phares qui tracent les problématiques à résoudre pour ses personnages, selon en tous cas le modèle-type du scénario hollywoodien, partant d’une exposition vers une intrigue et enfin un dénouement/climax.

Cette notion de couchage des idées sur le papier est primordiale pour certains cinéastes comme David Lynch. Artiste complet, il s’adonne à toutes les formes. Sculpture, peinture, composition de musique électronique, bien entendu réalisation de cinéma, activité pour laquelle il écrit lui-même ses scénarii, parfois assisté. Dans une sphère plus privée, il pratique la méditation transcendantale et accorde une grande importance aux messages que le cerveau peut nous envoyer, nous propulsant dans des états plutôt que répondant à des questionnements personnels. Son approche mystique de la vie se ressent dans son approche très libre des arts et du cinéma. Pour sa part, c’est l’idée qui est le moteur à tout mouvement de création. L’écriture du scénario n’est alors pas calquée sur le modèle hollywoodien car il préfère installer des ambiances ou des climats plutôt que d’établir des enjeux narratifs auxquels répondre. Pour créer la série Twin Peaks il propose à la chaîne ABC deux éléments seulement imaginés avec Mark Frost après qu’ils eurent abandonné un projet de téléfilm sur la mort de Marylin Monroe : le plan d’une ville et l’idée d’un corps de jeune fille abandonnée sur les rives d’un lac proche, enroulée dans un genre de film plastique.

Pour Lynch et Frost, pas question de donner de solution au meurtre de Laura Palmer. La scénario servira aux deux compères à agencer à l’échelle d’épisodes des idées et métaphores abstraites, à confondre rêve et réalité pour mieux appeler l’interprétation du spectateur qui perdu ne partira pas à la recherche d‘une finalité mais plutôt à la recherche d‘une compréhension des idées de Lynch séquence par séquence, comme un exercice de décodage. Pour faire un parallèle, nous pouvons dire que le scénario fait office de psychanalyse partielle, intégrant les messages les plus abstraits de l’inconscient (les idées venues d‘elles-mêmes) sans chercher à les analyser. Le bon scénario pour Lynch est celui qui comparable à une grande marmite servirait à rassembler des ingrédients divers presque au hasard afin de voir naître une saveur, chaque idée étant l‘un de ces ingrédients.

Pour Lost Highway, David Lynch a par exemple rédigé une version finale du scénario dans laquelle toutes les séquences à caractère explicatif des versions précédentes ont été exclues. (4) Au fur et à mesure de son développement, le scénario devient alors un écrit unique avec son langage propre, et la capacité du cinéma à montrer/cacher certains éléments lui confère sa saveur particulière. C’est un travail de longue haleine comparable à la psychologie qui permet de mieux traduire les idées en identifiant ou évacuant les choses utiles ou non à une bonne compréhension, ou à l’inverse à la création d’un univers trouble qui appelle à une interprétation de signes.

N’en dire pas assez nuirait à la clarté des enjeux et plus simplement des lieux, de tous les éléments matériels qui composent l’univers du film. Mais en dire trop serait tomber dans une forme de surabondance des informations qui détruirait toute possibilité d’immersion pour le spectateur, devenu captif, sans aucune liberté d’interprétation ou de déduction.

M.Night Shyamalan, cinéphile autant que cinéaste, se permet beaucoup de références au cinéma dans ses œuvres. Dans La Jeune Fille de l’Eau (Lady in the Water) sorti en 2006, il fait dire à l’un de ces personnages que le scénario est parfois bafoué par cette surabondance, nuisant à la construction de ce monde fictif, par la présence de personnages qui disent tout haut ce qu’ils pensent. Ce comportement n’existant pas chez l’Homme traduit la construction d’un monde fictif qui n’a rien de réaliste, et l’immersion se fait plus difficile. Cette façon de procéder appartient au monde de la télévision et des médias qui livrent l’œuvre au spectateur chez lui, où il peut ne pas écouter, ne pas regarder, aller au frigo, aux toilettes ; là où le cinéma invite quiconque à aller jusqu’à la salle de projection plongée dans le noir avec un fauteuil pour seule place, afin entrer dans le film et se soumettre à son langage. Le bon scénario permet d’établir ce langage et de le clarifier.

Répondre à des problématiques, créer des attentes, établir des ambiances ; le scénario touche à tout ce qui a trait aux idées pour donner naissance à la diégèse, pour établir un monde dont les limites sont le début et la fin du film. Il décrit avant tout le monde que parcourent les personnages, leur mode de vie, leurs caractères.

Il inclut également le dialogue dont la forme prend une importance considérable pour certains cinéastes, allant jusqu’à influencer la forme même de la mise en scène, de la prise de vue. Pour François Truffaut et tout une génération de cinéastes prônant un retour du cinéaste-auteur, nous avons vu l’exemple de Baisers Volés et de cette séquence de dialogue entre Doinel et Madame Tabard. Delphine Seyrig y évoque dans un monologue devenu culte sa lecture du livre Le Lys dans la Vallée d’Honoré de Balzac. Ce faisant, elle détourne le but sous-entendu de leur relation épistolaire : coucher ensemble. Dialogue et mise en scène prennent alors la forme d’un tourbillon.

En évoquant ceci, elle détourne l’objectif de sa venue. Doinel lui-même en abordant la littérature cachait maladroitement ses intentions. Elle se retrouve alors à opérer des déplacements qui répondent à cette logique, elle tourne autour de Doinel, qui lui-même en cohérence avec la situation se cache pratiquement sous sa couette, immobile. Par ailleurs, le texte de Delphine Seyrig explique le roman dont il question comme étant l’histoire d’un amour qui n’a pas pu être vécu, ce qui s’avère lamentable à ses yeux. Une sorte de mise en abîme de la trame narrative du film trouve un écho dans cette explication du roman qui lui aussi évoque un jeu de métaphores, de langage codé. Ce roman fait d’ailleurs partie de L’Etude des Mœurs. Ce film de Truffaut et son scénario sont jugés audacieux alors car par ses choix narratifs ils font le constat que l’écrit (le roman/le scénario) servent traduire des intentions inavouables, déguisées.

Le scénario dans la forme peut donc amener à traduire ces objectifs et moyens détournés grâce aux dialogues. Pour ce faire, le scénario peut prendre plusieurs formes et à volonté glisser des éléments de compréhension à l’équivalence de ce que les personnages eux-mêmes sont sensés délivrer comme messages ; le spectateur par le biais de ces formes cohérentes peut alors identifier sa poétique du cinéma et déduire la nature des enjeux et objectifs, sans qu’il ne soit besoin de faire dire trop explicitement aux personnages ce qu’ils pensent, bien au contraire. Une façon d’insérer le spectateur dans ce jeu de séduction qui se base sur le même phénomène que le cinéma : divulguer/cacher des éléments de compréhension.

En résumé, le scénario peut prendre de nombreuses formes et autoriser les transgressions au modèle type hollywoodien en recherche de crédibilité du monde fictif, qui veut à tout prix masquer le medium cinéma.
Permettre d’entrevoir mentalement les images que l’équipe aura à fabriquer en détaillant les décors, déplacements, costumes, traits physiques ; il faut bâtir un univers qui tient debout. Permettre également de saisir des intentions de ces personnages par le biais de la forme que prend la rédaction du scénario, soit en choisissant par exemple d’inclure une voix-off qui traduit les pensées d’un personnage, soit au contraire en gardant muets des personnages mais en donnant à l’image des informations implicites (Hitchcock illustre cette situation à merveille). Et pour parvenir à ces objectifs, pour avoir un bon scénario, la chose primordiale : il a besoin de clarté, de précision et de parcimonie.



(1) 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Courdoson
Ed. Omnibus, 1995

(2) Hitchcock : L’Illusionniste par Sebastien Bazou
(Captures et analyse : http://www.artefake.com/HITCHCOCK-L-illusionniste.html)

(3) Marginalia de Pierre Léon
Trafic N°50 Qu’est-ce que le cinéma ? Ed. P.O.L, 2004

(4) Lost Highway : l’isolation sensorielle selon Lynch par Thierry Jousse
Cahiers du Cinéma N°511, Mars 1997 (http://www.vadeker.net/articles/cinema/lynch2.html)