jeudi 16 juin 2016

[Manifestation] Paris 14 Juin 2016 : Lacrymocratie



14 Juin 2016 : Lacrymocratie



Mon "témoignage" personnel.

Le Mardi 14 Juin 2016 des dizaines de milliers de manifestants venus de toute la France, un million dit-on, se sont donné rendez-vous à Paris afin de s'opposer encore et toujours à la réforme des lois du travail. Au départ de ma ville ce jour-là j'ai savouré ce hasard quand m'asseyant dans le train j'ai tourné la tête vers le quai d'où j'arrivais dix secondes plus tôt, pour voir passer comme sur un écran l'un de nos policiers en civil chéris qu'on croise à chaque fois qu'on va à une manif ici. Visiblement il prenait le même train que moi. J'en profite donc pour lui faire un coucou amical, sur le coup je ne me suis pas senti chaud à lui faire tout de suite, et puis ça donnait un drôle de ton à ce voyage. Je ne l'ai pas revu après.

Je suis arrivé à Paris aux alentours de 13h15 Place d'Italie en plein départ de la manif. L'ambiance était relativement tendue compte tenu du nombre impressionnant de manifestants mais tous étaient surtout très déterminés à être entendus. Les éclaircies ont contribué à rendre les manifestants plutôt festifs. Au départ du cortège la plupart étaient ensemble et les syndicats se succédaient c'était très coloré comme on le voit dans la vidéo. Mais très vite les CRS ont scindé ce cortège en plusieurs parties afin d'isoler les groupes de casseurs ou anarchistes en blousons noirs.  Très vite donc la manifestation a tourné à l'affrontement dans la partie avant du cortège où je me suis retrouvé moi-même sans protections particulières, comme d'autres simples manifestants se trouvant là. Les affrontements n'ont pas arrêté et les forces de l'ordre ont fait un usage massif des gaz et grenades. En revanche ils ont donné peu d'assauts engagés physiquement, sinon à proximité de ce chantier dans la vidéo. Du point de vue de ceux qui se trouvaient avec moi dans cette partie du cortège, il a fallu faire preuve d'une grande patience, d'un très grand sang-froid que l'état ne salue jamais et qui consiste à ne pas agresser verbalement ou physiquement les policiers qui tantôt nous retiennent comme des boucliers vulnérables aux projectiles, tantôt nous éloignent à coups de gaz puis nous balancent des grenades, qui créent maintenant une grande panique. 


Les manifestants entre eux qu'ils appartiennent à des groupes anarchistes ou qu'ils soient issus de la société civile font preuve d'une grande maîtrise et d'une solidarité naturelle. Les streets medics en particulier sont de véritables héros, car ils prennent de nombreux risques parfois pour peu de choses ; nous aider à laver nos yeux avec des dosettes ou des pistolets de serum physiologique, soigner des plaies, distribuer de l'eau. Voilà des gens qui très nombreux viennent sciemment pour aider leur prochain "à à y voir clair" et à mieux respirer. Ils mettent en place des techniques d'intervention, ce sont parfois des médecins de profession, sans doute plus souvent de simples volontaires qui font au mieux pour porter assistance ou évacuer les blessés collectivement. C'est dire si les manifestations ont changé de visage dans la France de 2016 quand ces pratiques s'organisent de mieux en mieux. Les vidéastes sont partout eux aussi. 


Durant notre dernière ligne droite jusqu'aux Invalides les CRS ont marqué de nombreux temps d'arrêt notamment à proximité de l'Hôpital Necker où leurs opposants les plus déterminés leur ont jeté de nombreux projectiles. Certaines vidéos qui montrent les jets de projectiles ainsi que le fameux joueur de baseball commencent à sortir sur les sites d'infos "mainstream". Certains des projectiles aussi ont rebondi sur l'Hôpital ou d'autres sur les bâtiments sur le trajet. Les casseurs utilisaient des marteaux afin de briser des vitrines de banques ou des morceaux de trottoirs ou d'abris bus afin de les projeter sur les forces de l'ordre.


Afin de ne pas rester dans cette zone où nous respirions des quantités astronomiques de gaz lacrymogène, où un pavé a frôlé ma tête et où des grenades de désencerclement nous ont fait courir comme des dératés je me suis avancé vers le manifestant à la torche rouge qu'on voit dans la vidéo, pour mieux respirer. On voit donc ensuite l'Hopital Necker au loin dans le contre-champ et il me semble que ce sont les coups de battes contre ses vitres qu'on entend alors au loin.

Cette grande ligne droite jusqu'aux Invalides a duré des heures, et pour nous qui étions "simples" manifestants, syndiqués, chômeurs ou étudiants dans le cortège "partie anarchiste", la manifestation a été très éprouvante. J'ai pu échanger vite fait avec des manifestants qui venaient de Normandie sur Facebook le soir-même et eux se trouvaient dans l'autre partie du cortège. Ils ont pour leur part découvert les dégâts à Necker et sur tout le trajet de longues minutes après en ne sachant pas trop eux-mêmes comment les choses s'étaient déroulées.
La police a séparé le cortège en "stackant" les casseurs jusqu'à Necker où les premiers temps d'arrêt ont été marqués. Ils ont eu tout le loisir d'affronter les forces de l'ordre occasionnant de nombreux dégâts "collatéraux" pour le mobilier urbain ou les bâtiments eux-mêmes. Ils ont en revanche attaqué sciemment par petits groupes certains commerces. D'abord symboliques tels que les banques ou les grandes enseignes puis des commerces tels que Art & Fenêtres ou un vendeur de systèmes de sécurité et de coffres forts...comme pour casser "'avec humour" ce qui était d'un goût douteux, y compris pour les casseurs entre eux. Dans leur mouvement ils s'envoyaient mutuellement des ordres ou des conseils, des slogans de motivation, parfois aussi pour inciter à la retenue si les cibles paraissaient dépourvues de toute valeur symbolique ou de tout lien avec la société de l'argent etc. Bien entendu lorsque les forces de l'ordre se positionnaient en face d'eux, ils les affrontaient sans chercher quel bâtiment pouvait bien se trouver là.  

Des militants syndicalistes tentaient quant à eux de débattre avec certains casseurs en les attrapant par le bras pour leur dire "Ca sert à rien ce que tu fais fils". "Camarade ! Tu vas t'enfoncer et nous on va se faire charger". L'un des casseurs sautillait sur place en hurlant agressivement pour répondre aux appels au calme d'une manifestante avec son drapeau CGT : "On s'en bat les couilles, ferme ta gueule!", "On en a marre ou n'en a pas marre ? Si ? Alors on pète tout, nique sa mère!".

Aux Invalides tout le monde en avait marre, sans avoir cherché à coller aux plus violents qui se trouvaient maintenant quelques dizaines de mètres derrière, nous avions été agglomérés avec eux dans cette portion finalement réduite de cortège et nous retenir aussi longtemps à la merci de toutes ces armes "défensives" ou de ces projectiles nous avait éreintés. On pensait pouvoir respirer mais la tension n'est pas redescendue, à l'entrée des Invalides la banque a été caillassée, un chariot incendié, non loin de là les CRS se rassemblaient pour mieux intervenir. Comme on peut le voir à la fin de cette vidéo la foule qui est arrivé en premier aux Invalides correspond à un mélange de travailleurs, d'étudiants, de retraités ou de syndiqués loin de leurs groupes respectifs et mêlés à de très nombreux anarchistes. Après un affrontement très large durant lequel les lances à eau ont fait une entrée épique, nous avons tous pris une bonne dose supplémentaire de gaz. Les CRS ont poussé la foule petit à petit aux cours de petits affrontements sous les arbres. Après quoi tout le monde a marché jusqu'au pont qui fait face à l'Hôtel des Invalides. Les CRS attendaient déjà entre leurs camions qui en barraient l'accès. Sur celui-ci étaient garés des bus de tourisme, à quelques mètres à peine en arrière des lignes de CRS et leurs propres véhicules. 


Les CRS empêchaient de prendre le pont ou de le contourner par la droite, alors nous avons pris à gauche, traversé le pont le plus proche sur lequel nous avons partiellement interrompu la circulation, nous étions alors à 400-500 mètres de l'Elysée. Certains manifestants à la tête, pas des casseurs, criaient "Allez on va à l'Elysée là !". Moi j'étais vraiment crevé, j'ai marché vers l'Elysée sans faire attention aux autres qui dans ce long cortège se voyaient retenus par les CRS à l'entrée du pont, loin derrière. Un court affrontement de plus a eu lieu, j'ai alors rebroussé chemin comme tout le monde et plus personne n'a semblé parler de l'Elysée. Nous avons finalement pris la berge pour retourner auprès des bus affrétés par les différents syndicats. J'ai choisi de trouver un métro pas trop loin pour retourner dans les environs de la Gare du Nord et choper un train pour regagner la Picardie, complètement rincé.
Mon sentiment est que ces incidents à Necker n'ont pas été les plus marquants pour ceux qui se sont retrouvés là à ce moment mais que les médias avec l'aide de la police ont pu fournir au gouvernement la situation et les images d'un débordement "immoral" justifiant de futures interdictions de manifester. Beaucoup des manifestants posent des questions car ces techniques policières sèment le doute au sein même de la manifestation qui ne sait pas ce qui se passe à un bout ou l'autre du cortège, la vérité des affrontements à Necker dépend donc d'un petit nombre de gens qui pèse peu de poids face à la parole officielle. Les médias indépendants ont prouvé en très peu de temps que les dégâts ont été minimes sur l'Hopital et provoqués par un très petit nombre de personnes, entre autre avec une batte de baseball. Cela ne retire rien à la portée du choc qu'occasionne cet événement pour un enfant ou une famille venus à l'hôpital et qui sont peut-être déjà confronté aux pires aspects de la vie, mais ce sont bien les médias et nos dirigeants qui font du populisme et de la propagande une règle quotidienne, qui affublent les victimes d'une instrumentalisation pour faire de l'immoralité un outil politique.

L'ensemble de cette partie du cortège n'est pas responsable de dégâts causés par un petit nombre, et par extension, la manifestation entière n'est pas responsable des dégâts occasionnés dans cette unique partie du cortège. La police qui elle-même a joué un rôle comme dans tout affrontement n'est pas responsable unique ou dans son ensemble. Les manifestants sont tous des être humains adultes incités à vivre dans des situations anxiogènes, ils le savent et ils mesurent les conséquences de leurs actes comme ils le peuvent, collectivement, tout comme ils affrontent les manipulations médiatiques qui visent à détourner l'opinion des véritables sujets ainsi qu'à les priver de libertés. La réponse du gouvernement face à la violence ainsi qu'aux manifestations se durcit et tous les éléments qui dessinent l'avènement d'un petit dictateur en France sont réunis. Au-delà de la loi travail il faut revenir aux fondamentaux et se poser les bonnes questions : peut-on parler de démocratie apaisée ou même de satisfaction populaire en France ? Le peuple est-il bien gouverné ? L'Histoire que nous avons accepté d'apprendre supposait-elle qu'un jour nous serions là gazés devant l'Hôtel des Invalides ou que nous accepterions tout pour la sécurité ? Je me suis posé ces questions assis dans l'herbe sous un hélicoptère en contemplant le monument, profondément dépité je dois dire. C'est la meilleure description de ce que j'ai vu et ressenti que je puisse donner avec deux jours de recul qui m'ont aussi permis de monter cette vidéo.

Voici une vidéo publiée par Taranis News 
qui permet de se faire une idée des événements précis de Necker 







La politique lui réussit plutôt bien, cet ancien communicant devenu Maire n'avait fait que 5% aux primaires du PS en 2011 avant d'être nommé Ministre de l'Intérieur puis Premier Ministre, chapeau l'artiste. Je me demande de quelle manière il va devenir Président. Sans doute pas par des élections. 
Mais comment ? House of Valls, je suis impatient de voir la suite  même si je sens que je vais le regretter. 





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