mardi 11 février 2014

Les perles d'internet




http://lecoinducinephile.skynetblogs.be/archive/2013/09/08/un-ete-avec-monika-sommaren-med-monika-vostfr-1953-7918932.html

Internet et surtout le téléchargement illégal, le fait de brader la propriété intellectuelle, c'est selon le sens commun un crime dangereux contre la création artistique. C'est manquer de respect aux auteurs. Et pourtant, les artistes les moins « respectés » sont souvent ceux qui finissent en haut des charts. Ce sont les plus téléchargés, et pourtant, leurs labels les font diffuser partout, offrant des centaines d'écoutes gratuites à qui veut bien faire ses courses ou allumer son auto-radio. Les films les plus téléchargés sont eux aussi les plus « recherchés », par les publics les plus vastes, puisque soutenus par des campagnes de promotion intense.

Mais cela ne concerne jamais que des « oeuvres » admises pour des diffusions tous publics et bâties suivant des codes esthétiques, des méthodes de production généralement pré-déterminées. Je regrette personnellement la grande époque de Megaupload, qui permettait de rechercher les sous-titrages français d'habitude introuvables, réalisés bénévolement par des membres de cette communauté de « criminels ». En bas de l'échelle, les groupes de musique ne parviennent pas à vendre au delà de la sortie de leur ville, et s'ils se faisaient télécharger illégalement par un habitant de Bamako ou de Tulsa, ils n'auraient que mieux fait voyager leur musique. Interdire les moyens de diffuser gratuitement est donc très étrange.

Sur le Youtube tant controversé depuis début 2014, des perles hibernent et n'attendent que d'être trouvées. Et si elles sortent des codes de diffusion et de production, je pense qu'elles permettent d'envisager plus facilement d'autres esthétiques, d'autres formes d'art. Visite officielle avec parade du Président Grolandais Salengro à Toulouse est un film disponible sur Youtube et qui permet une approche nouvelle du cinéma documentaire. Défini comme un carnet filmé par son réalisateur Gérard Coutant, il propose de suivre la parade du Président du Groland à travers un plan séquence d'une heure et quart sans aucune interruption. La prise de vue depuis le milieu de ce cortège est totalement immersive. Plus les minutes passent plus la foule grandit, plus elle s'anime, devient bruyante. Un groupe de dix-huit percussionnistes précède le char du souverain et martèle ses tambours, pour faire danser quelques comédiens en costumes satiriques. Une religieuse aux allures de démon, un grand baraqué façon cuir-moustache avec des ailes d'anges dans le dos, une danseuse de cabaret qui réveille les appétits des messieurs du public...

Le cortège est à l'image du Groland tout entier : anarchique. Le film de Gérard Coutant témoigne de cette anarchie et contourne lui aussi des codes de production afin de se montrer décalé. Entre ses deux génériques, il donne à voir à travers les yeux d'une seule personne l'intégralité d'un événement vécu de l'intérieur, aux côtés des comédiens. Il immortalise l'animation d'une foule en créant des personnages involontaires et récurrents : l'homme qui photographie à l'Iphone du début à la fin, le passant ivre qui se rapproche un peu trop des comédiennes affriolantes et qu'on évacue plusieurs fois... Diffusé gratuitement sur internet, il procure un sentiment étrange de renouveau artistique à l'époque des programmes courts et hyper cut. Encore une fois, ce qui colle bien à l'esprit de Jules-Edouard Moustic et sa bande, qui se font mécènes audacieux de films, expositions, ateliers...

Faudrait-il faire payer l'accès à cet objet filmique sous prétexte que des génériques l'ouvrent et le ferment ? Pourrait-on diffuser ce documentaire si particulier dans de nombreuses salles de cinéma ? Tous les publics peuvent-ils comprendre cet effort ? Et enfin, le bridage d'internet se fera-t-il avec une réelle place pour la diffusion d'objets culturels qui n'ont pas vocation à être exploités selon le schéma traditionnel ?

Pour faire plus simple, disons que je n'aurais pas pu découvrir ce film sans internet. Et que je n'aurais jamais écrit dessus non plus, ne poussant personne à le voir. Et je n'ai pas envie de pousser les gens à voir les films qui sortent actuellement, les grands portails culturels de la presse numérique le font très bien. J'espère simplement que le journalisme culturel et les arts bénéficieront toujours d'espaces accessibles de diffusion alternative. Puisque toutes les œuvres peuvent être complexes, servons-nous de ces supports pour la promotion de la diversité de création plutôt que pour l'établissement restrictif de frontières morales ou économiques.

VISITE OFFICIELLE AVEC PARADE DU PRESIDENT GROLANDAIS SALENGROS A TOULOUSE >> Film/Plan complet <<
 

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